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Il y a plus de 300 ans, les prêtres et
les frères venus de France tentaient
de convertir les Amérindiens à
la religion catholique. Ils quittaient la ville
de Québec pour de longs mois d'exploration
du territoire. Certaines expéditions
partaient très tôt le printemps
pour ne revenir qu'en novembre.
Notre histoire se passe entre
le lac Abitibi et la Baie-James dans le Nord-ouest
québécois. Cette région
marécageuse est traversée par
de larges rivières. En été,
elle est le paradis des maringouins, mouches
noires, taons à cheval et mouches à
chevreuil. L'hiver, la neige est abondante et
il y fait froid, car le vent souffle fort.
Les héros de notre histoire
sont trois missionnaires français accompagnés
d'un vieux guide amérindien appelé
Joe. Au départ de Québec, l'expédition
comptait plus de 20 personnes. Tous les membres
amérindiens, à l'exception de
Joe, l'avaient quitté pour la chasse
à la fin octobre. Le voyage de retour
était très lent et l'arrivée
subite de l'hiver au milieu de novembre avait
définitivement arrêté l'expédition
sur le bord de la rivière Harricana.
Le 13 novembre, une tempête de 7 jours
avait amené plus d'un mètre de
neige. Par la suite, un froid intense avait
fait geler lacs et rivières.
Nos quatre infortunés voyageurs
s'étaient rapidement bâtis un abri
avec leurs deux canots et les troncs des arbres
qui poussaient au bord de la rivière.
Les trous avaient été bouchés
à l'aide de branches et de mousse. À
partir de décembre, une certaine routine
s'était installée au camp. Les
missionnaires priaient, bûchaient le bois
et entretenaient le feu alors que Joe chassait,
pêchait et préparait le seul repas
de la journée. Le gibier était
peu abondant, car l'épaisseur de neige
au sol était maintenant de plus de deux
mètres.
Le 24 décembre, Joe revint
de chasse avec un gros lièvre et une
petite perdrix blanche. Tous étaient
très heureux, car on aurait autre chose
que du brochet bouilli pour le réveillon
de Noël. Joe prépare donc un ragoût
de lièvre avec ce qui reste de lard,
de farine et de sel. La perdrix est mise à
rôtir près du feu.
Après la messe de minuit
dite par les trois missionnaires, tous mangent
avec appétit le ragoût préparé
par Joe. Le plus jeune prêtre s'apprête
à goûter à la perdrix, mais
il est arrêté par l'aîné
qui suggère qu'on garde l'oiseau rôti
pour le lendemain. Ce sera le cadeau de Noël
de celui qui aura fait le plus beau rêve.
Le lendemain matin les missionnaires
s'installent autour de la table et le plus jeune
débute :
– J'ai rêvé
que je voyais l'étoile des bergers qui
m'indiquait le lieu de la naissance de notre
Seigneur.
Le deuxième raconte :
– Dans mon rêve, je
voyais l'étable dans laquelle est né
le Christ.
L'aîné poursuit :
– Moi, j'ai rêvé que j'étais
dans la crèche près de Marie,
Joseph et Jésus.
Tous se mettent d'accord sur la
plus grande beauté du rêve de l'aîné.
Ce dernier, pour être juste en ce jour
de Noël, demande à Joe de raconter
son plus beau rêve de la nuit. Ce dernier
raconte en souriant :
– Et bien moi j'ai rêvé
que je mangeais une bonne perdrix grillée
cuite à point avec juste ce qu'il faut
de sel. Ce qui est étrange, c'est que
j'en ai encore le goût dans la bouche.
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